Tour de France 2014: beaufs, bières et porte-clés.

Probablement vous direz-vous à la lecture de l’intitulé, qu’après 2 articles forts caloriques et mettant en avant mon dévouement à la nourriture, j’ai voulu la jouer healthy en vous dévoilant mon aversion ma passion pour le sport.

Si seulement…

Dans mes rêves les plus fous, j’ose parfois laisser dériver mon esprit en m’imaginant rugbychette, capitaine de l’équipe, les étagères de ma chambre remplies de trophées et les abdominaux bien gonflés… puis, surgissent images de boue, vestiaires puants, sourires édentés de coéquipiers coéquipières sanguinolentes, et je me réveille dégoulinante et tremblante, les mains tâtonnant mon visage afin de vérifier qu’aucune fracture n’ai fait irruption dans la nuit.

Ainsi, venez-vous de comprendre que les termes sport et adulation ne sont l’objet d’aucune association au sein de mon esprit. Oh, ne vous méprenez pas, j’ai essayé, avant de m’avouer vaincue, d’entreprendre contrainte et forcée diverses activités physiques…Mais j’ai jugé inutile d’épiloguer, ici, sur mon expérience – des plus enrichissantes, certes – de ma pratique pendant l’année scolaire de la danse contemporaine. Celle-ci ayant au moins fait de moi – par la force des séances à perfectionner ma danse des 5 éléments -, un être totalement désinhibé et hermétique au ridicule (peut-être une description plus détaillée et humiliante pourrait-elle faire l’objet d’un prochain article).

Abrégeons cet égarement remuant de douloureux souvenirs et venons-en aux faits.

Comme vous le savez peut-être déjà, j’officie tout l’été au sein du service évènementiel d’un journal régional en tant que stagiaire. Stagiaire étant souvent synonyme de fait-tout dans le monde de l’entreprise, nous voilà priées d’assurer la représentation de la société au sein de la caravane publicitaire du Tour de France.

D’un naturel sceptique, mon esprit hésite à céder à l’excitation ou à l’appréhension, demeurant à l’affût du piège si souvent caché derrière les propositions paraissant un tant soit peu alléchantes.

Tout d’abord, qu’est-ce que la caravane publicitaire? Il s’agit de tous les véhicules publicitaires assurant la communication des entreprises partenaires du Tour de France par la distribution de ce que le jargon professionnel nomme très prétentieusement les goodies. Personnellement, tous types d’objets s’apparentant à des bobs Cochonou, des casquettes Carrefour ou LCL, des réductions chez Courtepaille ou encore des T-shirts vert éclatant de chez PMU, évoqueraient davantage en moi le terme de badies…Toutefois, c’est par mon expérience, que j’ai fait une découverte sociologique non négligeable. En effet, cette distribution de cadeaux publicitaires peut provoquer chez certains individus de nombreux symptômes inquiétants quant à la préservation de leur dignité: crise d’hystérie, pleurs, cris, traversées de routes au milieu des véhicules pour récupérer un paquet de biscuits apéritifs tombé du camion Belin, demandes en mariage au passage d’un animateur de sexe féminin et j’en passe. Pour information, la caravane publicitaire passe avant les coureurs cyclistes, et aucun individu du type Beyoncé ou Johnny Hallyday n’en fait partie; en d’autres termes: ces comportements animaliers sont uniquement et assurément la conséquence d’une distribution de porte-clés gratuits et nullement du passage d’une célébrité internationale.

Alors oui, il pourrait être pertinent de disserter de longues heures sur la problématique Dans quelle mesure la distribution d’objets gratuits lors d’un événement populaire peut être à l’origine de comportements primaires chez les individus? Mais ce serait sûrement trop passionnant pour être bref…

Ainsi, me voilà animatrice de la caravane publicitaire du TDF pour 3 jours, même si l’intitulé lanceuse de porte-clés se rapproche davantage de l’exactitude de ce à quoi consiste ma tâche. Je suis d’ailleurs entrainée à faire le geste du lancer plusieurs fois d’affilé pendant la réunion d’explications, au cas où il ne m’ait pas semblé logique de devoir viser les pieds de la foule en délire plutôt que leurs visages (même si pendant la course, l’envie ne manquait pas).

Après cette riche formation des plus exhaustives, nous sommes fin prêtes à nous lancer dans la jungle des supporters.

C’est ainsi, que durant 3 interminables jours, le rendez-vous avec l’équipe est fixé à 5h30 du matin, heure à laquelle les non stagiaires à la vie sociale palpitante partent se coucher nous sont remis les journaux du jour à distribuer, environ 200 chaque matin, que je suis chargée de plier un à un lors du trajet…(je ne comprendrais d’ailleurs qu’au bout du 2e jour, que les marques noires maculant mon visage et me donnant l’air d’une ramoneuse, sans que personne ne me le signale, sont dues à cet atelier pliage).

Puis s’en suit une journée à travers les coins de France à la démographie insoupçonnable, à la rencontre d’individus aux accoutrements des plus… déroutants.

A l’issue de mon expérience, je n’aurais, à ce propos, toujours pas saisi, la passion animant ces personnes: certains êtres (sur)humains sont donc capables d’investir dans une caravane, de passer un mois à la « « sublimer » » aux couleurs du Tour, de s’apprêter 3 jours durant pourtant troubler par l’excitation, et d’attendre des heures sous un soleil de plomb ou une pluie torrentielle le D-day, pour recevoir, submergés par l’émotion, LE porte-clef Cofidis dernier cri (oui, oui, celui qui fait de la lumière !!) et de voir, ou plutôt de distinguer, à travers cette masse colorée se déplaçant à 100km/h, les coureurs cyclistes (cela étant seulement valable pour les supporters les plus chanceux n’ayant pas cligné des yeux à ce moment-là, évidement).

Une minute de silence afin de rendre hommage à leur performance, leur endurance et leur courage…

Je pourrais également, dans ma lancée cynique, m’attarder à la description de l’équipe de choc à laquelle j’ai eu l’immense honneur d’être associée… mais seulement, entre un homme d’une quarantaine d’années, appelant sa mère toutes les heures, venant de découvrir Facebook, incollable sur la vie de Mylène Farmer et l’organisateur du Tour de l’Ain, chauve au dos poilu et compensant sa déficience capillaire par un débit de paroles idiotes pouvant prétendre à figurer dans le Livre des Records (5h30-19h sans interruption)… voyez-vous, j’aurais eu du mal à faire court…

Ainsi, vous l’aurez deviné à la lecture de mon bilan de cette expérience émouvante, pour moi, le sport en s’en tient toujours au stade aversion.

Mais qui sait? Un jour peut-être…ou peut-être pas.

Et puis, tenez en bonus, une des rares photos témoignant de ma présence sur les lieux, entourée deux policiers fort généreux (ils balançaient des gommes gratos ceux-là !).

Et puis, tenez en bonus, une des rares photos témoignant de ma présence sur les lieux, entourée deux policiers fort généreux (ils balançaient des gommes gratos ceux-là !).

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Une réflexion sur “Tour de France 2014: beaufs, bières et porte-clés.

  1. Le cyclisme, c’est surtout faire du vélo 😉
    Je dis pas, ça fait mal aux cuisses et aux mollets, au début… Mais avec un peu d’entrainement, les balades en vélo ça devient assez agréable ! C’est ça que tu devrais tester un jour !
    Quant à l’hystérie collective déclenchée par le passage du la caravane du Tour… Il ne faut pas y chercher de causes particulières, le Français est franchouillard, il aime les réjouissances simples… Et les cadeaux ! Tout ce qui est gratuit, c’est forcément beau et utile, non ?

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